Souvenirs : A comme "ALLA"
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BECHAR LES ANNEES 70,

Un été parmi tant d'autres

Les excuses de Alla

(Alla, le chat et la kefta)

 ALLA Un soir, tarda à nous rejoindre et nous prîmes notre mal en patience car une veillée bien qu’elle soit au bord de la piscine et au clair de la lune à proximité de la palmeraie de l’oued Bechar …

ne pouvait être, ALLA absent, que le pire des châtiments … pouvant être infligé aux petits pêcheurs à la solde de Bacchus que nous étions … Las de tambouriner sur mon « ghourraf » à moitié plein (ou moitié vide… c’est selon) le rythme syncopé hindou (qui a indélébilement imbibé mon esprit depuis le jour ou j'ai redécouvert toute la subtilité de la musique indienne et de son maître : le grand sitariste, compositeur : Ravi Shankar que diffusaient de vieux disques "33 Tours" tournoyants sur un "Teppaz " quelque part dans le vieux ksar de Bechar). A mon humble avis et au risque de me tromper, il me paraît plausible que le croisement de ce genre de sons exotiques et de la "Tarija " locale (qui elle est bien de chez nous) aurait bien pu donner naissance au : "FOUNDOU ". Œuvre grandiose et sans partage du virtuose ALLA ...El foundou.

Je vis (ô miracle !)

surgir de l’ombre des palmiers la silhouette bien familière de "Lonaco" alias ALLA qui s’avança vers son coin habituel, s’assit, pris ma guitare sèche et sans mot dire, entama la mélodie des « divorcés » comme seul un Alla peut le faire …

Envoutés par le féérique son qui naissait et semblait vainement vouloir survivre à la caresse de doigts magiques sous lesquels l'âme rendue dans une indescriptible lamentation il amplifiait d'avantage notre béatitude,

nous ,

nous oubliâmes le monde,

nous oubliâmes de respirer,

nous oubliâmes de vivre,

car nous étions là où seul ALLA et l’instrument (qui entre ses doigts devenait sirène) pouvaient nous conduire…

 la fin du récital nous ressuscitât et nous permit d'être témoins à l'un des rarissimes moments où ALLA, dont l'avarice en paroles est légendaire et contrairement à ses habitudes nous gratifia d'une plaidoirie à faire rougir les hommes en robe noire ...:

- je m’excuse les gars si j’ai tardé à venir ce soir. J’avais une affaire à tirer au clair disait-il, en montrant son avant-bras plein d’égratignures ensanglantées - depuis un certain temps voire des semaines je ne trouve plus , lorsque je rentre aux aurores chez moi, le bout de viande que ma mère à pour habitude de laisser sur mon assiette de couscous chaque soir sur le potager de notre cuisine… - et ce soir j’ai pris la ferme décision de prendre en flagrant délit mon frère que je soupçonnais jusqu'à ce soir d’être l’auteur tout indiqué de cet impardonnable larcin. - Aussi et non sans avoir au préalable salué tendrement ma mère et simulé de sortir ; je revins sur mes pas en catimini pour me dissimuler sans bruit et me figer telle une statue inerte derrière la porte de notre cuisine ,et ce , durant une grande partie de la nuit …

- l'embuscade s'éternisait ...

et c'est au moment que je perdis définitivement l'espoir d'arriver à mes fins que fatigué d'attendre et glissant en douceur vers un sommeil profond, un léger bruit métallique causé par le couvercle de marmite qui protégeait mon assiette me fit sursauter ! Je bondis vers ... mon couscous pour me trouver face-à face, non pas avec mon frère,

mais avec le … petit félon de chat, au regard insolent, qui finissait calmement d’avaler mon festin en m’y laissant à la place un petit cratère sur le petit monticule de couscous de ce qui devait être ma « viande « C’en était trop ! - Je rabattis violemment la porte, appuyais sur l'interrupteur électrique et pris le chat d’un bras, de l’autre, la paire de tenailles qui d’habitude servait à dévisser la bouteille de butane - et m’en pris aux crocs du félin …

que je tentais de briser l’un après l’autre …

pour le laisser à jamais " édenté "

le regard du matou perdit, cette ci, toute son insolence pour ne devenir qu'hagard et éberlué, ne comprenant certainement pas ce qui lui arrivait …

- Et en bon gentleman, bras au ciel tel un gladiateur victorieux, je lui ai hurlé à la face :

 " Dorénavant et à partir de ce jour tu demanderas à Maman de te préparer la Kefta …et uniquement la Kefta

- Fini ! Fini ! pour toi mon petit bout de viande sur mon couscous ! Fini !

 C’étaient les excuses du retardataire,

de l’Ami,

du frère,

 de Alla …. Qui s’en alla rechanter les « divorcés » à Paris ou il l’aurait fredonné pour la première fois dans un bar parisien, m'aurait-il confié un jour …

 Au fait c’est la seule chanson, à ma connaissance, pour laquelle ALLA utilisait ses cordes .....vocales au lieu de celles de l'instrument ; avec comme fond sonore un timide et discret bruit de castagnettes pardon ! je voulais dire de ... doigts (les miens ! cette fois-ci) et l'inévitable ...."Zalamite"

Quand à moi, je ne saurais tirer ma révérence sans, au préalable, crier pardon et présenter mes plates excuses et celles du foundou à tous les minets de la planète

qu’ils soient de Bechar

ou d’ailleurs

Et tout particulièrement à mon compagnon " Minou " à qui je souhaite longue vie pour son dixième anniversaire et l'autorise de continuer en toute quiétude et impunité, à "visiter" autant de fois qu'il le désire et comme bon lui semble mon assiette pour y mordre à plein crocs ... pour le restant de ses jours.

© 2008 kerted